Cent Cols Challenge

18 Juin 2019

 

Quatorze. C'est le nombre de cyclistes alignés ce matin au départ du Cent Cols Challenge Northern Alps 2019. Ils viennent de Russie, de Norvège, d'Australie, d'Angleterre, de France, d'Allemagne et des Etats-Unis. Tous sont là, sur le parking d'un hotêl Grenoblois, à assembler leurs vélos acheminés par avion.. Enfin, pour ceux qui l'on reçu, car l'un d'entre eux a été perdu par une compagnie aérienne entre Atlanta et Lyon.

 

Ils ont le visage impassible, leur esprit tendu vers l'épreuve qui les attend. Peut-être le savent-ils déjà : seuls quelques-uns d'entre réussiront à boucler les 20 000 km, 40 000 m de dénivelé positif et 100 cols en 10 jours. Ce défi hors norme est né il y a plusieurs années dans la tête et dans les jambes d'un homme hors-norme : Philip Deeker.

     Ce belge s'était alors lancé comme challenge personnel - et a réussi - à boucler 1000 cols en 100 jours. Il a ensuite fractionné le parcours en plusieurs évènements : les fameux Cent Cols Challenge. Chaque année, plusieurs d'entre eux ont lieu en France, en Espagne et en Italie, avec un parcours qui varie d'une année sur l'autre.

Phil est quelqu'un de très organisé (certains diront perfectionnistes, d'autres maniaque). C'est avec une grande rigueur et pédagogie qu'il dirige l'évènement, ne laissant aucun élément logistique au hasard. L'hébergement et la nourriture sont d'ailleurs, et c'est bien connu, des facteurs de réussite ou d'échec d'une telle performance physique. Une main de fer qui sait aussi déposer quand il le faut une touche bienveillante et paternaliste dans les moments où les coureurs en ont le plus besoin.

      Le CCC Northern Alps de cette année brille de noms mythiques et évocateurs pour tout cycliste : le Galibier, le Lautaret, l'Alpe d'Huez...      Des cols qui voient des milliers de spectateurs y converger lorsque le tour de France y passe. Mais dans le parcours de ces 10 jours se cachent aussi d'autres cols moins connus mais souvent plus difficiles et plus traîtres : le Mont du Chat, le Semnoz, Sarenne... Chacun sera une victoire pour l'un, une désillusion pour l'autre, mais tous offrent des paysages grandioses en ce début d'été Alpin.

Micky, ancienne marathonienne émérite, enchaîne les étapes à une allure qui n'en finit pas d'impressionner. Mais son mental lui joue des tours : un jour en kevlar indestructible et grand sourire, le lendemain madeleine fondant en larme et au bord du renoncement.

 

Seul coureur devant la roue avant de Micky, se trouve Marco Mozer. Marco bénéficie de l'aide d'un ami qui le suit personnellement, le ravitaille si besoin et se transforme même en kiné-masseur en fin d'étapes, pour lui permettre une meilleure récupération. Certains coureurs voient cette aide supplémentaire d'un œil désapprobateur et il lui sera demandé de limiter sa présence. Mais sa force vient aussi de son entreprise caritative : à chaque col franchi, il lève des fonds pour une association de protection des jeunes femmes battues. Une motivation supplémentaire qui fait peut-être la différence.

Dans un Cent Cols, les défis et les embûches sont nombreux : Gérer son effort et sa récupération, ne pas se blesser, ne pas chuter dans les descentes gravillonneuses, avancer malgré les problèmes matériels... Mais l'un des plus grand défi de ces 10 jours d'ultra-endurance aura probablement été la chaleur.

 

En pleine canicule, alors que l'on entend depuis les radios des voitures-soutient des messages incitant à rester au frais et à éviter toute activité physique, les coureurs avalent les km dans cette masse d'air chaude battant tous les records de température, le bitume fondant et collant aux roues aux heures les plus chaudes de la journée. Dans cette fournaise, Philip (qui fait aussi toutes les étapes sur son vélo), encourage ses troupes à partir tôt, à rester groupé, et à écouter leur corps pour ne pas se mettre en danger. Par cette chaleur, l'équipe accompagnatrice veille d'autant plus au ravitaillement et à l'hydratation des coureurs. Certains néanmoins cumulent fatigue et insolation, les obligeant à abandonner. Ceux qui arrivent en bout d'étape finissent pour la plupart complètement KO, le maillot blanchi par les sels minéraux perdus avec la transpiration et les jambes flageolantes dans l'escalier les menant à leur chambre.

L'épopée est mentale autant que physique. Et dans ces deux domaines, les coureurs sont inégalement préparés. Certains comme l'épatant doyen Steve, font du vélo longue distance en montagne depuis de nombreuses années, d'autres ont même plusieurs Cent Cols à leur actif (le quatorzième pour Dzjamil !). D'autres cependant, ont commencé un entrainement sérieux quelques mois auparavant seulement, voir pas d'entrainement du tout.

 

C'est le cas de Tom, qui a su tourner à son avantage un licenciement économique pour s'offrir le ticket d'entrée à 3 500 € et s'entrainer intensivement les deux mois précédent l'event. Seulement voilà : basé à Singapour, là ville ne lui a offert aucun montagne à gravir,    ni même une colline digne de ce nom (point culminant : 164m !) pour faire ses armes. Mais la fougue et la motivation lui permettront de dépasser ses limites, non sans avoir fait l'impasse sur certaines étapes.

« D'abord ils m'aimeront,

       puis ils me maudiront,                                   

           et plus tard avec le temps

                tout en haut de la montagne,

                     viendra le pardon et le remerciement, »

                                                                                             - Philip Deeker -